Les femmes et leur sexe [lecture sexo]

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Temps de lecture : 7 minutes

Comme vous l’avez sûrement constaté depuis mon deuxième update lectures, j’ai des goûts éclectiques : dermatologie, jardinage, écologie, philosophie, bien-être, développement personnel, et sexologie entre autres. Et encore, je ne mentionne pas toutes mes « lectures-plaisir » (fantasy, policier, SF…).
Perso, je trouve qu’il existe vraiment tout et n’importe quoi sur la sexualité. Des ouvrages écrits par des « journalistes » ou des spécialistes (avec ou non des visées promotionnelles), pointus ou au contraire hétéroclite, féministes 2.0, ésotérique à la sauce féminin sacré, etc. Alors quand j’en lis un que je juge bon, je me dis que ça vaut le coup de partager.

Les femmes et leur sexe de Heidi Beroud-Poyet et Laura Beltran, deux psychologues cliniciennes formées en sexologie, a été publié en 2017 aux éditions Payot Santé. Son sous-titre : « Ne plus avoir mal, renouer avec son désir, se sentir libre ». Il m’a été recommandé par une amie qui me sait intéressée par la sexualité de manière générale.


D’ailleurs, j’en profite pour vous déconseiller un ouvrage. Ce n’est pas fair-play de ma part de cracher dessus sans m’appesantir sur les raisons, mais je ne vous conseille pas Entre mes lèvres mon clitoris de Caroline Michel et Alexandra Hubin (vulgarisation de bas-étage, généralités – à moins que vous soyez totalement démuni sur la question, passez votre chemin).


De quoi parle ce livre ?

Pour en revenir à Les femmes et leur sexe, il s’adresse officiellement à des femmes dont la sexualité n’est pas ou plus épanouie. Officieusement, je le recommanderais à n’importe qui : adolescente, femme avec ou sans trouble sexuel, homme curieux et intéressé, parent, etc. Il est constitué de témoignages et de conseils de sexologie regroupés sous plusieurs chapitres : Galères de femmes, Devenir une femme, Le sexe et les autres, Prendre son plaisir en main.

Le but de ce livre est simple : fournir quelques outils mais surtout des informations afin de démystifier le sexe féminin, la sexualité, le plaisir, l’orgasme mais aussi la douleur (psychologique ou physique). Beaucoup de cas, de profils, de pistes sont données pour amener les femmes à s’interroger et s’approprier leur corps et leur sexualité. Et si cela ne suffit pas, les deux auteures, psychologue sexologues, conseillent évidemment de consulter (ce qui est à la fois pratique de leur part, mais n’en demeure pas moins un très bon conseil).

Voici ce que vous trouverez dans chaque chapitre :

Chapitre I – Galères de femmes

Y est abordée la question des souffrances durant les relations sexuelles et le rapport au corps : la souffrance de manière générale mais aussi le vaginisme (dont on entend de plus en plus parler), les violences et mutilations sexuelles (chapitre dur dur), l’endométriose (dont on parle aussi de plus en plus), la maladie, l’hypertonie périnéale, les vulvodynies, la vestibulodynie, la clitoridynie, les sécheresses, les mycoses, etc.

J’ai apprécié la multiplicité des cas rassemblés par un postulat à la fois déconcertant et rassurant : il n’est jamais question de souffrance seulement psychologique ou physique.

« [L]e plus souvent, c’est une combinaison des deux ».

Certaines femmes n’admettent jamais la part de psychologique, tandis que d’autres délaissent les thérapies (médicamenteuses ou mécaniques) au profit d’un travail de relaxation par exemple. Une approche qui reconnaît la part des deux est bienvenue selon moi.

L’ouvrage est exhaustif donc, mais pas détaillé. Il s’agit plutôt d’une très bonne introduction et d’une très bonne démystification du sexe féminin (à bas les idées reçues sur les sécrétions ou « la douleur qui est dans la tête » !). J’ai apprécie y trouvé des conseils tels que consulter un spécialiste si besoin ou la communication entre les partenaires.

Chapitre II – Devenir une femme

J’ai beaucoup aimé ce chapitre même si je n’ai pas d’enfants car la parentalité est un sujet qui me passionne (je suis du genre à casser les pieds des parents en leurs posant un million de questions sur leur choix d’éducation et de soins, un coucou à ma belle-sœur !).

Dans ce chapitre, les deux psychologues parlent de :

  • La connaissance de soi par l’auto-exploration et la masturbation ;
  • Le désir d’enfant ;
  • La naissance ;
  • Le rapport de la petite fille à son corps : nommer le sexe versus en faire un tabou, l’encouragement à l’autonomie des petites filles dans leur propre toilette/soins (question très importante dont j’ai parlé à une copine/maman dont la petite fille est atteinte de lichen scléreux-atrophique, maladie méconnue qui demande beaucoup de soins), l’appropriation par la petite fille de son sexe ;
  • Les étapes (psychanalytiques) de la croissance de la petite fille dans la relation aux parents et au monde ;
  • La violence sexuelle sur les enfants ;
  • L’adolescence et l’arrivée des règles ;
  • La puberté précoce ;
  • La découverte de la sexualité.

J’ai moyennement apprécié un aparté mal amené sur le concept de pureté par rapport aux menstruations.

Ce chapitre aborde finalement la question du corps et de son engagement dans la sexualité, de comment on le considère.

« Le devenir adulte est lié au premier rapport sexuel ».

Ainsi les auteures conseillent de s’intéresser à la sexualité avant de la pratiquer (pour les jeunes) afin de mieux la vivre (conseil qui laisse tout de même songeur quand on la met en parallèle de la culture française chrétienne). Même si j’ai trouvé ce chapitre un peu fourre-tout, le message qu’on en retire c’est qu’il n’y a pas de sexualité normale (LE message à retenir).

Chapitre III – Le sexe et les autres

Ce chapitre aborde les problèmes liés à la relation aux parents (les « parents galère ») et la question de la sexualité dans la cellule familiale. On y trouve : la question de l’intimité, comment aborder la sexualité en famille, plusieurs cas de profils parentaux déviants, le cas des enfants qui méprisent le sexe par loyauté envers leur mère. Ce chapitre s’adresse aux enfants devenus adultes mais aussi aux parents afin de prodiguer des conseils pour le bon développement de leurs enfants. En outre, il y a toute une partie sur la maternité, la grossesse et le post-partum.

Enfin, la dernière partie du chapitre est assez intéressante car elle analyse  la relation entre les partenaires.

« [Q]uand une femme a mal ou qu’elle a peur, ce n’est pas seulement son problème, c’est aussi celui de son partenaire sexuel ».

Il est question de la maturation sexuelle (apprendre à communiquer, à connaître la sexualité du couple) et de différents profils de couples. Le mythe des besoins sexuels importants des hommes est abordé d’un point de vue sociologique. Cependant, ça fait un peu « appel d’offre » car cela ne donne pas beaucoup de clefs pour casser le schéma à part consulter.

Chapitre IV – Prendre son plaisir en main

Le chapitre débute sur une description du sexe (poils, lèvres, clitoris, urètre, vestibule, hymen, vagin) et des organes internes. Rien de bien nouveau pour des personnes déjà informées mais incontournable ! Ensuite, les auteures expliquent l’importance de la démarche de s’intéresser au sexe pour le comprendre et éventuellement de le pratiquer afin de trouver son désir/son plaisir. C’est tout le propos du super livre Le secret des femmes de Elisa Brune que j’ai beaucoup aimé ! Dans Les femmes et leur sexe, le chapitre IV introduit le point G, le désir, l’excitation, le fantasme, l’orgasme, l’anorgasmie, la pornographie, etc. Après, je trouve encore une fois ce chapitre un peu éloigné de la réalité du terrain et succinct. Les auteures semblent plutôt conseiller la consultation avec un psychologue sexologue que délivrer de vrais conseils (ce qui est logique néanmoins). Il s’agit plutôt de reconnaître/nommer/mettre des mots que de délivrer la solution aux lectrices. Cependant, je reconnais la solidité de l’ouvrage, il ne s’agit pas simplement de vulgariser mais bien de donner des informations fiables. Donc succinct mais fiable.

Conclusion

Le livre se clôt sur l’idée de trouver la femme sexuelle qui est en soi avec les outils donnés dans l’ouvrage mais aussi par une thérapie en sexologie si besoin (si galères sexuelles, parents galère, maternité galère, etc.).

« Pour en finir avec les galères du sexe, il faut nommer, dire, exprimer, et il faut agir ! Vous savez plein de choses à présent, et vous savez quelles pistes explorer pour trouver votre bonheur ».

En bref, mon avis sur Les femme et leur sexe

J’ai bien aimé :

  • Un ouvrage d’introduction de qualité pour des femmes s’interrogeant sur ce vaste sujet que le sexe ;

  • Les nombreuses pistes données pour que la lectrice se comprenne et comprenne la sexualité depuis l’âge des touts petits à l’âge adulte en abordant une grande variété de thèmes (parents, parentalité, rapport au corps, au désir, anatomie, etc.) ;

  • Même si le point de vue sociologique/psychologique (psychanalyse?) est discutable, pas mal de tabous et de mythes sont remis en question ;

  • Les encarts « Notre message » en fin de mini-chapitres qui résument et donnent le message principal à retenir ;

  • La communication entre les partenaires est bien mise en avant.

J’ai moins aimé :

  • J’aurais apprécié trouver des conseils pour réagir face à des praticiens (toutes spécialités confondues) indélicats, désagréables ou qui renient la douleur : comme savoir mettre fin à la consultation, ne plus retourner le voir, communiquer son mécontentement.
  • Je trouve dommage de mettre en valeur la femme et de la rassurer en la comparant à l’homme (en le rabaissant). Les généralités homme/femme servent évidemment les messages de fond mais c’est inutile et galvaudé. J’ai pris 3 exemples :

    • « Les filles sont moins autorisées que les garçons à prendre des risques. Le risque est un acte de courage chez le garçon, alors que chez les filles il est interprété comme une mise en danger » ==> sur quoi se fonde ce propos ?

    • Après avoir abattu le mythe à propos des désirs plus importants chez les hommes que chez les femmes, les auteures concluent en disant « on pardonne aux hommes d’avoir beaucoup de désir, mais on sanctionne toujours les femmes qui montrent le leur ! » : n’est-ce pas assez réducteur comme façon de voir les choses surtout dans un ouvrage de sexologie où je pense qu’une réconciliation avec les hommes est importante ? Et encore une fois, sur quoi se fonde ce propos ?

    • Le propos final accentue cette comparaison déplacée en disant que les femmes ont des douleurs invisibles et pas les hommes ==> hum, non ?! Cf. les nombreux troubles sexuels masculins notamment (impuissance, douleurs lors des rapports, etc.).

  • J’ai trouvé certains chapitres fourre-tout et décousus et les paraphrases assez lourdes. J’y sentais une bonne intention mais le fond était parfois desservie par la forme.

Le mot de la fin  animal-2727126_1280

Je pense que cet article est assez complet pour donner mon point de vue sur cet ouvrage. J’espère qu’il vous aidera. Personnellement je vous recommande cette lecture. Évidemment, je reste admiratrice du travail d’Élisa Brune qui n’a rien de comparable. De sorte que sur une échelle de Le secret des femmes à Entre mes lèvres mon clitoris, celui-ci, Les femmes et leur sexe est quand même très bon !

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